« Lève-toi, prends ton brancard et marche. « 

Soyons bien d’accord sur ce que c’est que croire. Croire, c’est tenir quelque chose pour vrai et c’est aussi se fier à quelqu’un, s’abandonner à lui avec confiance. Ceci dit, nous croyons certainement au péché, tous tant que nous sommes. Nous pensons, en effet, que nous sommes vraiment pécheurs, et nous ne manquons pas non plus de nous laisser aller au péché, avec mauvaise conscience peut-être mais résolument.

Pourtant, dans le Credo, nous déclarons que nous croyons à la rémission des péchés. Alors ?

Il y a quelque chose de vrai, en quoi nous pouvons nous plonger, c’est que nos péchés ont été et sont toujours déjà pardonnés.

Par tes péchés tu M’as traité comme un esclave, par tes fautes tu M’as fatigué. Mais Moi, oui Moi, Je pardonne tes révoltes, à cause de Moi-même, et Je ne veux plus Me souvenir de tes péchés (Is 43, 24-25)

Il nous faut toujours partir de là ou, plutôt en rester là. Le Dieu de notre foi ne serait plus Lui- même, nous ne pourrions plus nous en remettre totalement à Lui, croire en Lui, si nous pensions qu’il garde par-devers Lui comme un comptable impitoyable, le souvenir de ce que nous avons fait de mal.

Ils avaient donc bien raison, ces gens qui déclaraient : Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul? (Mc 2, 7).

Oui, c’est le privilège de Dieu, et de Lui seul, que de nous libérer, que de guérir la paralysie dans laquelle nous pouvons nous complaire – car on s’habitue à tout, même au mal qu’on fait ou à celui qu’on subit – que de nous permettre de nous lever, de prendre en main notre brancard et de revenir chez nous (cf. Mc 2,11). C’est donc aussi la merveille de notre foi en ce Dieu que de croire que cette histoire est la nôtre, et d’en être joyeux, et de nous associer à beaucoup d’autres, tout ébahis : tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu en disant: nous n’avons jamais rien vu de pareil’ (Mc 2,12).

Mais nous avons le cœur dur. Au lieu d’être dans l’admiration, nous sommes scandalisés. Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème… (Mc 2, 7). Qu’est-ce donc qui nous retient de croire ?

Nous pressentons que s’il est vrai que nos péchés sont remis, alors nous ne pourrons plus vivre comme si de rien n’était, nous ne pourrons plus vivre comme auparavant. Bref, nous préférons nos péchés, et même le mal que nous en ressentons, à une vie qui, non sans efforts, s’épanouit dans la liberté, à une vie qui nous rend heureux.

Au fond, est-ce que nous aimons vivre dans le bonheur ? Est-ce que nous ne préférons pas l’immobilité du brancard à la marche courageuse ? En un mot, croyons-nous à la rémission des péchés ? C’est une affaire de foi.


Feuille paroissiale du 23 Février 2003
Lecture du septième dimanche ordinaire, année B


N.B. : Si nous en concluons que nous avons donc le droit de faire tout et n’importe quoi, c’est que nous n’avons rien compris à la bonne nouvelle de la rémission des péchés.

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