SUR LE PSAUME CXXIV – RESCAPÉS ET SOUVERAINS

Sans IHVH qui est pour nous

- Que le dise Israël !-

Sans IHVH qui est pour nous,

Quand l’homme se dressa contre nous,

Alors ils nous avalaient vivants,

Quand brûlait leur colère sur nous,

Alors les eaux nous submergeaient,

Un torrent passait sur notre âme,

Alors passaient sur notre âme

Des eaux bouillonnantes.

Nous sommes des rescapés. Notre parole, celle d’Israël, de Combat-Dieu, est vouée à témoigner de notre vie comme d’un miracle. Notre vie présente date du moment où les vivants que nous étions ont été sauvés de l’anéantissement. Ainsi notre vie n’est-elle pas naturelle, au sens où vivre serait lié à naître, à croître et à mourir sans être passé par le risque certain de périr.

L’adversaire qui en voulait à notre vie est lui-même humain mais d’une humanité qui se confond avec les déchaînements de la nature animale ou physique. Quand nous étions attaqués, c’est donc la vie qui s’en prenait sauvagement à la vie, au souffle vital qui était en nous, à notre âme.

Nous pouvions succomber. Pourquoi, en effet, dans une lutte au cours de laquelle des vivants dévorent des vivants, aurions-nous dû l’emporter ? Mais, pour nous il y avait IHVH. Serait-Il donc vivant, Lui, d’une vie plus forte que les vivants qui s’attaquaient à nous ? Nous n’en savons rien. Plus que ce qu’il est, ce qui importe, c’est Son alliance avec nous, Sa présence secourable auprès de nous. En ce sens, Il est le maître de la vie, Il ne connaît rien de ses conflits contre elle-même. Il n’intervient en elle que pour empêcher que nous périssions sous ses propres coups.

Béni IHVH qui ne nous a pas donnés

En proie pour leurs dents.

IHVH pouvait-Il ne pas nous sauver, pouvait-Il nous laisser en proie pour leurs dents ? Après tout, pourquoi faudrait-il s’interdire de le penser ? Mais aussi pourquoi supposer qu’Il ait pu agir ainsi ? Ce qui est sûr, c’est qu’Il nous a protégés. Nous vivons présentement non pas seulement d’être nés autrefois mais, surtout, d’un acte qu’Il a accompli en notre faveur. Notre vie actuelle en est la suite et l’effet. Aussi nous pouvons L’en bénir.

Mais qu’est-ce donc que bénir IHVH ?

C’est répondre en parole à ce qu’Il a fait. C’est répondre, en reconnaissant, c’est-à-dire en faisant connaître et en remerciant. Bénir IHVH, c’est introduire Son nom dans le champ de notre parole pour qu’Il y demeure comme le témoin d’une présence qui nous est favorable. D’une certaine façon, bénir IHVH, c’est faire circuler le signe de sa bienveillance dans la conversation qui se poursuit entre nous, c’est la proclamer, l’annoncer, en faire un événement pour nous et pour tous ceux qui nous entendent le dire.

Notre âme, comme un oiseau,

S’est échappée du filet de ceux qui prennent au piège.

Le piège s’est rompu

Et nous nous sommes échappés.

Revenons sur notre état de rescapés. Mais non plus maintenant pour mentionner, à l’irréel du passé, ce qui aurait pu advenir de nous, pour évoquer la menace de notre anéantissement. A présent, c’est la réalité actuelle, effective de notre libération qui est célébrée. Nous avions d’abord proclamé que nous n’avions pas été détruits, alors que nous pouvions l’être. Mais notre vie exposée restait encore une vie asservie. Or, en échappant à la destruction, nous n’avons pas seulement été maintenus vivants ni même rendus à une vie plus sûre. Plus radicalement encore, nous avons échappés à la servitude. La liberté nous a été restituée ou, plus simplement encore, donnée. Oui, il s’agit maintenant de la liberté plus que de la vie sauve.

L’oiseau est destiné à voler. Une violence lui est faite quand il est pris au piège. Ainsi en est-il de nous, quand nous étions en danger de périr. Notre liberté est de vivre, comme la liberté de l’oiseau est de voler. La menace de l’anéantissement, qui planait sur notre vie, n’était donc, en définitive, que le signe, ô combien sensible, de l’esclavage dans lequel nous étions.

Notre aide dans le nom de IHVH

Qui fit les cieux et la terre.

IHVH est reconnu, célébré comme un nom puissant. Il ne tient évidemment pas sa puissance de ce que nous le prononçons - est-il prononçable ? - mais il en donne à quiconque se réfère à lui. Quand nous bénissons ce nom, nous signifions alors que, quoi qu’il puisse nous arriver, quelque chose nous est communiqué de la puissance qui fit tout ce qui existe, ce monde, dans lequel nous vivons et parlons, les cieux et la terre.

Clamart, le 4 février 2005

SUITE 1

La vie, la mort, la liberté – La vie n’est pas d’elle-même la liberté. Cependant, elle fait signe vers la liberté, lorsque la mort est écartée de nous. Ainsi par le nom de IHVH affirmons-nous entre nous que la liberté nous a été rendue ou donnée. N

ous pourrions, en effet, être captifs de la vie elle-même comme un oiseau pris au piège. Pourquoi, en effet, la vie, avec la mort qui en est inséparable, ne noue enfermerait-elle pas en elle-même. Or, le piège s’est rompu, nous nous sommes échappés, lorsque IHVH a détourné de nous le déferlement de la mort ou, plutôt, de la vie elle-même allant jusqu’au paroxysme de sa violence la plus sauvage. C’est ainsi que nous sommes devenus ou restés à la fois des vivants et des êtres libres.

Assurément, ce n’est pas un des moindres paradoxes de la vie qu’elle puisse proliférer en puissance de mort. Non qu’elle se détruise ainsi elle-même. Elle s’augmenterait plutôt en se déchaînant. Quand elle se répand en ravages, c’est au vivant singulier qu’elle s’en prend, non à elle-même, à nous, à l’oiseau que nous sommes et qu’elle prive de pouvoir vivre librement en volant.

Clamart, le 5 février 2005

SUITE 2

La grâce et la souveraineté – A quoi avons-nous échappé ? Non pas à la mort, qui nous attend toujours et nous saisira un jour, mais aux effets destructeurs de nous-mêmes que nous pourrions lui reconnaître. Du coup, la mort et aussi la vie sont réduites à leur être naturel. Nous continuons donc à être des vivants mortels. Mais nous sommes exempts d’un anéantissement qui se confondrait avec la mort. La liberté, qui nous a été donnée ou restituée, témoigne que nous sommes indestructiblement souverains. Quoi que nous puissions faire, quoi qu’il advienne de nous en ce monde, nous n’avons donc rien à craindre pour notre existence. A la différence de notre vie, notre existence ne connaît pas la mort. Elle est présente à notre vie aussi longtemps que dure celle-ci. Pourquoi cesserait-elle avec notre vie ? Certes, elle n’a pas été gagnée par nous de haute lutte par un exploit que nous aurions accompli entre notre naissance et notre mort. Elle a été reçue, parce que donnée par l’Autre, par IHVH, c’est là du moins ce que nous croyons, ce que nous annonçons. Mais la grâce qui nous est ainsi faite n’est pas en contradiction avec notre souveraineté. Elle nous confère celle-ci, car être souverain ne nous est pas naturel. Nous sommes donc souverains par grâce mais nous le sommes vraiment.

Clamart, le 7 février 2005

Guy LAFON